Il y a des vers qu'on n'apprend pas : ils s'installent. Celui de Neruda, je le porte depuis si longtemps que je ne sais plus quand il est entré :
« Es tan corto el amor, y es tan largo el olvido. »
« L'amour est si court, et l'oubli si long. »
C'est la fin du Poema 20, écrit par un Neruda de vingt ans à peine. Tout le poème tient dans ce balancement : la nuit étoilée d'avant, la même ce soir, mais « nosotros, los de entonces, ya no somos los mismos » — nous, ceux d'alors, ne sommes plus les mêmes. Il dit qu'il ne l'aime plus, puis se reprend : peut-être que si. Il écrit qu'il lui dédie ses derniers vers, et c'est ce vers-là qui ne finira jamais de résonner.